Entretien avec le fondateur de Pigee, le pigeon voyageur, où ils évoquent ce qui anime un fondateur et comment le sens se trouve dans une vision du post-capitalisme.
Leonardo : Bonjour Leroy
Leroy : Comment ça va ?
Leonardo : Très bien, très bien merci. Tu as enfin trouvé un moyen de faire ce qui était ton aspiration depuis l'enfance. En créant une start-up, et probablement avec les fondations que tu avais posées avec ta précédente entreprise, qui était aussi une start-up, oui.
Leroy : Oui, donc tout ce que j'ai appris par le passé m'a enseigné deux choses. Cela m'a donné beaucoup de compétences que j'ai maintenant, et cela m'a aussi appris que je dois encore apprendre énormément de choses. C'est pour ça que je lis autant, que je parle autant aux gens et que je fais autant que possible.
Leonardo : Donc, tu penses, du point de vue du sens, que tout ce que tu fais maintenant te donne un sens, comme une raison de vivre. Ça pourrait donner l'impression que le sens de ta vie, c'est de créer de la valeur. Mais tu m'as dit qu'en réalité ce n'est pas ça, parce que tu veux aller au-delà, au-delà du capitalisme, et maintenant tu le fais avec Pigee. Comment ça se prononce, Pigee?
Leroy : Oui, Pigee.
Sens et post-capitalisme
Leonardo : Alors, Pigee est-il le projet porteur de sens du moment, pour ainsi dire ?
Leroy : Oui, absolument. J'y ai investi beaucoup d'argent et de temps cette dernière année, ainsi que d'innombrables heures d'éveil et de réflexion. Et j'ai fait des recherches sur tout le reste pour qu'on mette tout dedans. Oui, donc clairement, toute start-up, toute entreprise doit résoudre un problème. Et plus elle peut en résoudre,
Mieux c'est. Au départ, ça résolvait mon problème de « premier monde », à savoir que quand je pars en vacances quelque part, j'adore négocier avec les gens sur les marchés locaux, essayer d'obtenir des prix plus bas. C'est comme un sport pour moi. Quelque chose que j'ai appris de ma mère. Mais après je ne peux pas acheter tout ce que je veux parce que je ne pense pas pouvoir tout ramener [dans ma valise].
Donc j'étais à Zanzibar pour un week-end pendant un voyage professionnel il y a deux ans, et je me suis dit qu'il devait bien y avoir un moyen de résoudre ce problème. Ça m'arrive tout le temps. Alors j'y ai réfléchi et j'ai trouvé la solution. Puis j'ai réalisé que ça ne signifiait pas seulement que moi, avec mon petit problème de « premier monde », je pouvais me faire envoyer des choses chez moi.
Mais aussi que ces petits commerçants, qui normalement ne me voient qu'une seule fois et me vendent quelque chose une seule fois, et qui ont très peu de chances de me revoir un jour, peuvent désormais continuer à me vendre des choses via l'application une fois que je suis rentré chez moi. Ils peuvent ainsi gagner 10 fois plus d'argent. Ils peuvent rester en contact avec tous leurs anciens clients. Et générer beaucoup plus de revenus. Je me suis dit que c'était formidable.
Les Maasaï du Kenya
Je passe beaucoup de temps au Kenya parce que nous y avons une activité, et je me rends toujours aux marchés maasaï et bien sûr, les Maasaï ne sont traditionnellement pas vraiment adeptes du capitalisme. Ils aiment simplement élever des vaches et faire ce qu'ils font, mais ceux qui quittent leurs terres [d'élevage] pour aller vendre des choses en ville ne gagnent pas beaucoup d'argent, et je sais qu'ils connaîtraient une amélioration considérable [en utilisant Pigee].
Je siège maintenant au conseil d'une association caritative à Londres, mais je ne suis pas quelqu'un de totalement convaincu par la charité. Pour moi, la meilleure forme de charité, c'est de permettre aux gens de construire leur propre avenir. Je pense que c'est vraiment ce que Pigee permet aux gens de faire. Donc, nous résolvions des problèmes qui n'étaient pas seulement liés à l'argent. C'était résoudre des problèmes liés au mode de vie, des choses qui luttent contre la pauvreté, des choses qui améliorent l'existence des gens.
Alors, quand je pensais autrefois à créer une industrie et à créer des milliers d’emplois, c’est à ça que je pensais. Alors que ceci [Pigee] ne créera peut-être pas des milliers d’emplois directement, mais indirectement, cela améliorera, je l’espère, le revenu de millions ou de milliers de personnes. Donc oui, ça me motive vraiment.
Leonardo : Il y a donc ces deux composantes. L’une consiste à améliorer la vie des gens, ce qui est totalement désintéressé. Enfin, non pas que l’autre soit égoïste, mais je veux dire que c’est complètement différent. Et l’autre, plus pour soi-même, c’est l’acte de création. Toutes ces start-ups par-ci par-là, qui font des choses, inventent de nouvelles façons de faire, pas tant pour créer une licorne que pour créer, tout simplement.
Améliorer les vies grâce à la technologie
Leroy : Oui, je pense que ça va devenir une licorne, mais je suppose que je suis quelqu’un de créatif de nature. Et je suis une personne compétitive, donc j’aime faire des choses vraiment difficiles. Je ne suis pas quelqu’un qui a beaucoup couru, mais je me suis mis à la course de fond. Je faisais 10 kilomètres par jour, moi qui ne pouvais même pas courir 200 mètres au début de ma vie d’adulte. Alors, tout ce qui est vraiment difficile, qui me met au défi, j’aime le faire.
Il y a d’autres choses qui pourraient être aussi [stimulantes], mais les start-ups sont… On peut lire tous ces livres qui vous tracent une feuille de route, qui n’existaient même pas il y a 10 ou 15 ans. Mais même avec toute cette feuille de route et ces conseils qu’on peut tirer de la lecture ou des échanges avec les gens, il reste encore tellement de zones d’ombre. Et j’adore ces zones d’ombre.
J’aime le fait qu’il y ait des parties que personne n’a encore vraiment découvertes, qui sont propres à votre expérience personnelle, à votre parcours et à votre défi. Ça, ça me donne vraiment de l’énergie.
Leonardo : Et après ? Vous dites donc que dans cette vie où le capital n’a plus d’importance, il s’agit d’aider les gens, ou de profiter du fait d’être sur la plage dans une hutte ?
L’influence de Star Trek
Leroy : Eh bien, je suis un vrai fan de Star Trek. Quand je pense à l’avenir, j’imagine Star Trek. J’imagine un état post-capitaliste, super technologiquement avancé. Où notre santé est prolongée, où nous sommes tous bien plus intelligents et où nous découvrons ensemble les mystères de l’univers.
C’est ainsi que j’envisage l’avenir, et donc tout ce qui se passe entre-temps, c’est moi qui essaie de comprendre ce que je peux faire, même modestement, pour nous aider à atteindre ce mode de vie humaine supérieur. Plutôt que de continuer à tourner en rond dans cette roue du capitalisme limité. Je veux que nous avancions dans cette direction.
Leonardo : Je pense donc que c’est votre vocation, la raison pour laquelle vous faites tout cela.
Eh bien, merci beaucoup !
